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Retour page précédente Maris trop rapides à la détente
A Liège, un an de tolérance zéro pour les violences conjugales.
En septembre 2004, déplorant le classement sans suite d'un grand nombre de faits de violence conjugale, le parquet de Liège décidait d'une large offensive à l'égard des maris impulsifs, des compagnons psychopathes, des amis trop prompts à la détente. Opportunément baptisée « Tolérance zéro », cette circulaire a pour objectifs de faire cesser les violences familiales, de responsabiliser l'auteur et d'assurer protection à la victime. Après un an de fonctionnement, les intervenants sociaux, les policiers et les magistrats évoquent un texte « efficace ». A un tel point qu'il devrait servir d'inspiration à la circulaire, signée par la ministre Laurette Onkelinx cette fois, qui s'imposera en 2006 dans tous les ressorts judiciaires. Inspirée par des expériences menées à Anvers et surtout à Douai, la nouvelle politique liégeoise vise avant tout à sensibiliser les policiers. « Ce sont des intervenants de première ligne, leur participation est indispensable, résume la substitut Catherine Collignon. « Nous leur avons rappelé que la violence est inacceptable, quelles que soient les circonstances. Nous avons également insisté sur la nécessité de dresser des procès-verbaux détaillés, avec photos, témoignages complets… Enfin, parce qu'on ne peut imaginer que ce soit l'épouse malmenée qui quitte les lieux avec ses enfants, il appartient à l'auteur des coups de s'éloigner du domicile familial. » Systématiquement amené devant le substitut, voire devant le juge d'instruction dans les dossiers les plus douloureux, l'auteur peut être invité à s'éloigner quelques semaines de sa compagne et à intégrer les groupes de parole de Praxis, une association de prise en charge des hommes violents. « Cette circulaire n'existerait pas sans la collaboration des associations », reprend la Procureur du Roi, Anne Bourguignon. « La mise en réseau de ces différentes structures et l'adoption d'une méthodologie commune, qui allie aide et contrainte, permet des interventions plus rapides et mieux coordonnées. » Avec quel bilan ? En un an, ce sont pas moins de 1.900 dossiers de violence conjugale qui ont été traités par le parquet : si 1.217 sont toujours aux mains du magistrat (substitut ou juge d'instruction), 407 ont été classés sans suite, 98 ont été jugés et 83 devraient l'être dans les prochaines semaines. Enfin, 67 dossiers ont été envoyés en médiation pénale.
TÉMOIGNAGE « Je l'ai frappée avec une manne à linge » Ce matin là, il était fatigué, stressé et surmené. Elle avait bu toute la nuit, elle en avait gardé les brumes et la mauvaise humeur. « La journée s'annonçait difficile, j'avais une importante réunion, raconte Bernard. Elle s'en est prise à moi mais j'avais d'autres soucis en tête. » On discute puis on se dispute, phrases assassines décochées sans nécessairement avoir été pensées : « Je me suis énervé, je lui ai dit qu'elle m'empoisonnait la vie. Je l'ai frappée avec une manne à linge. La manne s'est cassée, mon épouse saignait. Elle a appelé les secours et je suis parti. Je n'aurais pas dû la laisser dans cet état. » A peine Bernard a-t-il atteint son bureau qu'il est rejoint par une patrouille de police. Menottes, commissariat, confiscation de la ceinture, des lunettes et des lacets. « Les policiers ont été corrects mais très fermes. L'inspectrice qui m'a interrogé avait un discours très engagé, elle ne m'a pas écouté. Ca m'aurait fait du bien de parler à quelqu'un, d'expliquer les choses. » Puis : « Vers 16 heures, j'ai été déféré au palais de justice, parqué dans une minuscule cellule. C'était la première fois que je me retrouvais dans cette situation, une vraie descente aux enfers. J'ai crû qu'ils voulaient faire un exemple. » Bernard sera finalement laissé en liberté sous conditions : conserver ses distances avec l'épouse violentée et prendre contact avec l'ASBL Praxis. En attente de jugement, il renouera malgré tout avec la victime : « Elle souffrait de plusieurs contusions. Nous avons beaucoup parlé, elle a expliqué aux magistrats comment les choses s'étaient passées. Elle a admis qu'elle avait menti lors de sa première audition et que c'était la première scène de coups. » Bernard s'en est sorti avec une suspension du prononcé, aucun fait ne sera inscrit à son casier judiciaire s'il accepte d'intégrer les groupes de responsabilisation de Praxis et s'il se soumet au contrôle d'un agent de probation. Créée en 1992, Praxis rassemble psychologues, criminologues, sociologues du travail autour des auteurs de violences conjugales. « J'ai intégré un groupe de cinq puis neuf personnes. On se réunit deux heures par semaine. Au début, j'avais des appréhensions, c'était difficile car il fallait livrer des choses très personnelles ». En costume et cravate parfois, au look et aux habitudes plus sauvages souvent, les participants de Praxis ont pour points communs d'avoir mal à leur couple et d'avoir, une fois au moins, privilégié l'action violente à la sage médiation. « La première fois, on dit tous la même chose : c'est de sa faute, elle l'avait mérité. Puis on nous aide à comprendre et analyser les mécanismes de la colère, on nous fait réfléchir sur la portée de ces actes de violence, on nous fait réaliser que ce sont elles les victimes. Au fil des séances, chacun raconte comment les choses se sont véritablement passées, les discours deviennent plus sincères et plus cohérents. » Aujourd'hui, Bernard se rend encore, une fois par semaine, aux séances de Praxis. Il envisage même de poursuivre ce travail sur lui-même : « C'est utile, plusieurs participants ont demandé à pouvoir continuer ». Il loue aussi « l'entraide » au sein du groupe car « on partage un peu la même histoire et on ne triche pas. » Son épouse s'est prêtée à une cure de désintoxication, ils ont repris contact, se voient de temps en temps. Elle n'aurait pas été contre un nouveau départ mais Bernard a dit non et ils ont divorcé : « Je ne pouvais pas, j'étais allé trop loin. »
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