> PARU DANS : L'Usine Nouvelle
> DATE : 18 mars 2004
> AUTEUR(S) : Sophie Maréchal


Les vingt-septs PMI-PMI d’une zone industrielle de la région Centre se sont regroupées pour mieux collecter et recycler leurs déchets. Elles sont maintenant en règle avec la loi sur la protection de l’environnement. Elles réaliseront en bonus des économies.

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Traiter ses déchets : à Château-Renault, l’union fait la force

Mutualiser les efforts. En se regroupant pour valoriser la collecte de leurs déchets industriels, les entreprises castelrenaudaises se sont mises en conformité avec la réglementation de protection de l’environnement.

Mai 2002, temps sec, ensolleillé. Zone nord du parc industriel de Château-Renault, aux portes de la Touraine. Il planne une odeur de bois brûlé plane. Le maroquinier Maurice Boinet SA brûle ses palettes sur le terrain vague jouxtant son usine. « Lorsque j’ai réalisé que ce feu avait été allumé pour brûler des déchets, j’ai aussitôt appelé les établissements Boinet. Ils mettaient en danger les bâtiments alentour, car notre site de production est une installation classée pour l’environnement (ICPE) » se souvient Fabienne Olivet-Belly, coordinatrice sécurité-environnement, de Compo-France, frabricant des engrais Algoflash. Aussitôt Boinet SA cesse de brûler ses palettes. « Mais, ensuite, elles se sont entassées et nous n’avions pas de solution pour nous en débarasser » rapporte Hervé Boinet, directeur commercial du maroquinier et président de l’Association des industriels du Castelrenaudais(AICR), la structure chargée du fonctionnement de la zone d’activité (seize membres).
Au lieu de tourner à la querelle de voisinage, l’incident est, pour les vingt-six entreprises de la ZI, le déclencheur d’une initiative de gestion collective des déchets, opérationnelle depuis novembre dernier. Sensibilisé par les solutions de récupération des emballages valorisables, mises en place par Fabienne Olivet-Belly dans ses unités de production, l’AICR lance, sous l’égide d’Hervé Boinet, une réflexion auprès de ses membres. « Nous avons compris que nous étions à des degrés divers, en infraction, avec une législation sur la protection de l’environnementqui se renforce » confie ce dernier. Depuis le 1er juillet 2002, les entreprises toutes activités confondues, sont en effet responsables des conditions de collecte, de transport, d’élimination et de recyclage de leurs déchets. En outre la valorisation des déchets d’emballage est obligatoire.

De l’idée à sa mise en œuvre

La décision de se regrouper, pour mieux négocier avec les prestataires a rapidement fait l’unanimité parmi les adhérents de l’association. « Dans notre activité, l’électronique, nous avons une grande diversité de déchets mais en faible quantité. Ces volumes ne sont pas suffisants pour obtenir des tarifs intéressants.  » argumente Georges Motteau, coordinateur environnement de Radiall, (connecteurs) membre de l’AICR.
L’idée validée, reste à en aussurer la faisabilité. En décembre 2002, cette dernière obtient la visite d’un expert mandaté le département gestion de l’environnement de la Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI) de Touraine. Celui-ci contaste que le besoin de gestion des déchets est réél sur le parc industriel. Et encourage l’association à s’engager dans une démarche collective et à en devenir le pilote.
Seconde étape, la CCI délègue l’étude et la mise en place du projet à l’Association Centre pour la revalorisation environnementale de l’entreprise (Acrede). Une association qui regroupe des industriels locaux autour de l’environnement, et à laquelle adhère l’AICR pour profiter des ses compétences et conseils pour assurer la continuité de l’opération après sa mise en œuvre. Quant au financement du projet est assuré à 70% par une subvention de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) dans le cadre du Plan régional Environnement. Le solde restant à la charge de l’AICR. Le projet se déroule de juin à novembre 2003. Tout d’abord par l’étude du gisement de déchets, puis l’élaboration des cachiers des charges des collectes, les consultations des prestataires et enfin les recommandations.
Des volumes et la nature des déchets quantifiés, il ressort quatre besoins de collecte : les déchets industriels banals (D.I.B), les cartons et emballages, les pallettes et déchets de bois, les déchets industriels spéciaux (D.I.S). Pour chacun, un prestataire est sélectionné pour des contrats d’un an. « Nous n’avons pas cherché uniquement le prix le plus attractif. Nous avons pris des garanties sur le respect des réglementations, sur les méthodes d’enfouissement et sur les conditions de tri » explique Hervé Boinet. Par exemple, le prestataire choisi pour l’enlèvement des D.I.B, plus cher que ses concurrents, garantit un tri de 70% des matières récupérables contre 40% chez d’autres. « Sur ce marché, il y a beaucoup de prestataires qui se diversifient vers d’autres collectes de déchets et ont du mal à s’adapter aux règlementations en vigueur » prévient Fabienne Olivet-Belly.

Quasiment toutes les entreprises de la zone industrielle ont amélioré la gestion de leurs déchets même celles qui n’ont pas changé de prestataire.

Depuis novembre dernier, les contrats-type ont été présentés à toutes les entreprises de la zone d’activité. Chacun étant libre de contracter ou non avec les prestataires sélectionnés. Globalement sur les cinquante-six collectes potentielles, tous déchets confondus, le taux de participation aux collectes proposées par l’Aicr est de 32 % (soit 18 contrats en cours de validation) et le taux d’entreprises valorisant leurs déchets devrait passer de 77% à un taux de 93%. «  La réussite est totale sur la sensibilisation à la réglementation. Quasiment toutes les entreprises ont amélioré la gestion de leurs déchets même si elles n’ont pas changé de collecteur » remarque Michaël Cortot, l’ingénieur environnement mandaté par l’Acrede. Parmi les quatre filières, les contrats les plus nombreux concernent la collecte des déchets dangereux. Huile, peinture, chiffons souillés de produits nocifs, néons, batteries etc.. étaient pour la plupart mélangés à des déchets courants ou des cartons. « Nous étions vraiment gênés pour nous en débarasser, avoue Hervé Boinet. Désormais, la valorisation est assurée par la mise en place de conteneurs adaptés et spécifiques pour une gestion directecte à la source ».
Pour les autres offres de services, les entreprises qui avaient déjà des solutions en place et de gros volumes à traiter, ont fait jouer la concurrence et ont pu parfois obtenir des remises. C’est le cas par exemple de Compo-France. D’autres ont choisi de jouer le jeu collectif en signant un contrat avec les quatres sociétés sélectionnées. «  Nous avons intérêt à rester groupés et organisés. Car avec le temps, les facturations individuelles vont augmenter en raison des coûts de transport, justifie Georges Motteau. Pour notre part nous pensons réaliser, d’ici deux ans, un gain de 5 à 10% sur l’ensemble de la dépense de valorisation et élimination de nos déchets. »


Les conditions pour se regrouper

- Une participation allant de 12 entreprises minimum à 300 au maximum.
- L’implication d’un porteur de projet ( association d’entreprises, gestionnaire de zone…).
- Un volume total de déchets valorisables supérieur à 1100 litres par semaine.
- Une forte proportion de Pmi sur la zone d’activité.
- Une concurrence suffisante entre les prestataires du territoire géographique.
- La priorité affichée à la mise en conformité avec la réglèmentation.


Le pilote de la gestion collective
AICR : Association des industriels du Castelrenaudais
Créée en 1962, pour les questions relatives au fonctionnement du parc industriel de Château-Renault (37). (16 adhérents)

Prendre conscience des risques sur l’environnement
Fabienne Olivet-Belly, coordinatrice environnement -sécurité de Compo-France a contribué à la sensibilisation d’Hervé Boinet, président de l’AICR. L’association a été désignée comme pilote de l’opération de gestion collective par la Chambre de Commerce et d’Industrie de Touraine.

S’unir pour économiser
60% des établissements de la zone industrielle sont rattachés à un groupe ; 40% sont des PMI de moins de 150 salariés. La production totale annuelle de déchets est de 1700 tonnes dont 10 à 15 tonnes d’emballages, papiers, carton et bois. Avec des volumes plus importants les prestataires baissent leurs tarifs. Un gain de 5 à 10 % sur le coût global prévu sur deux ans

Eliminer les déchets toxiques
La mise en conformité avec la réglementation était la priorité.La moitié des entreprises de la Z.I n’avaient pas de solution pour éliminer leurs déchets spéciaux. Elles ont appris à les trier et opter pour un des quatre contrats sélectionnés par l’AICR.


En savoir plus
- Boite à outil de la gestion collective des déchets : http://www.ademe.fr/entreprises/dechets/themes/outils/Documents/Gestion-collective_Boitaouti.doc

- ORDIF - Observatoire Régional des Déchets en Ile de France - www.ordif.com

- objectif moins 10% de déchets

- Centre information environnement pour les entreprises
http://www3.ccip.fr/bourse-des-dechets/actualites/communiques/08.htm

 
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